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réflexions sur les défis contemporains

agriculture | environnement | transition énergétique 










réflexions sur les défis contemporains

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Donateur de la SNSM  Logo SNSM  Saint-Jean-de-Luz

agriculture  ●  environnement  ●  transition énergétique 



En l'espace d'une seule génération, le secteur de l'import-export en Europe a évolué dans un contexte particulièrement instable, d'abord celui des suites du 11 septembre 2001 qui entrainent une refonte des procédures douanières et des normes de sécurité mondiales. Selon l'OCDE, le coût économique global des nouvelles contraintes sécuritaires sur le commerce international a été estimé à plusieurs centaines de milliards de dollars sur la décennie suivante. La crise des subprimes (2007-2008) et la récession qui s'ensuit plongent la zone euro dans une dizaine d'années de turbulences. Le commerce mondial chute de 12 % en volume en 2009, la plus forte contraction depuis la Seconde Guerre mondiale (OMC). L'effondrement de l'économie grecque, dont le PIB recule de 26 % entre 2008 et 2013, et la volatilité des devises (l'euro perd jusqu'à 30% face au dollar entre 2014 et 2015) bouleversent durablement les équilibres commerciaux intra-européens. La pandémie de Covid-19 (2020-2022) porte un coup supplémentaire: les échanges mondiaux de biens chutent de 5,3 % en 2020 (OMC), les chaînes logistiques mondiales se grippent, et les délais d'approvisionnement s'allongent jusqu'à 6 fois leurs niveaux habituels pour certaines commodités agricoles. L'inflation que certains experts se refusaient de reconnaitre redevient un sujet préoccupant dans la durée. Plus récemment, la guerre en Ukraine depuis février 2022 a propulsé les prix des céréales et des engrais à des niveaux records. Le blé a atteint 440 €/tonne en mars 2022, un pic historique, tandis que le prix des engrais azotés a triplé en un an, affectant directement les coûts de production agricole mondiale.

quelques points de vue basés sur 25 ans d'expérience en commerce international de matières premières agroalimentaires 


  Le "monde d'après" imaginé durant la pandémie de Covid-19 peine à se concrétiser. 90 % des dirigeants mondiaux affirmaient en 2021 vouloir intégrer des critères environnementaux dans leurs plans de relance (Accenture, 2021). Trois ans plus tard, moins de 20 % des plans post-Covid comportaient des mesures de transition écologique significatives (PNUE, 2023).

a tree that is standing in the waterSelon The Nature Conservancy, chaque euro investi dans la restauration de zones humides génère en moyenne 7 à 9 euros de bénéfices économiques.




❏ secteur agroalimentaire: mutations, enjeux, responsabilités


Réorienter les ressources : vers une économie régénératrice

Si les nations et leurs champions économiques ne manquent pas de moyens financiers, trop peu de ces ressources sont orientées vers la régénération des écosystèmes. D'un côté, les 20 pays du G20 ont dépensé plus de 5 900 milliards de dollars en subventions aux énergies fossiles entre 2015 et 2022 selon l'IISD. Face à cela, le rapport Dasgupta (2021), commandé par le gouvernement britannique, estime que la destruction de la biodiversité coûte à l'économie mondiale entre 3 000 et 4 000 milliards de dollars par an en services éco-systémiques perdus.

Plusieurs leviers mériteraient d'être davantage soutenus :

  • L'éco-agriculture et l'agro-foresterie: associer arbres et cultures augmenter la biodiversité de 30 % et de réduit l'érosion des sols de 50 % (FAO, 2022). Des programmes pionniers existent: le projet "Arganier" auMaroc combine production d'huile d'argan, régénération forestière et revenus pour les coopératives féminines locales.
  • La réhabilitation des zones humides: selon The Nature Conservancy, chaque euro investi dans la restauration de zones humides génère en moyenne 7 à 9 euros de bénéfices économiques (services de filtration de l'eau, protection contre les inondations, pêche, tourisme). En Europe, le règlement sur la restauration de la nature (adopté en 2024) impose la restauration de 20 % des écosystèmes dégradés d'ici 2030.
  • La restauration des habitats ruraux abandonnés: en Europe, environ 26 millions d'hectares de terres agricoles ont été abandonnés depuis 1990 (AEE). Ces espaces représentent un potentiel considérable pour la reforestation et la reconversion en cultures biologiques à haute valeur environnementale.
  • Les circuits courts et l'agriculture biologique: les produits locaux biologiques génèrent en moyenne 35% d'émissions de CO₂ de moins que leurs équivalents conventionnels importés, en tenant compte du transport (ADEME, 2022). En France, les circuits courts représentaient 15 % des ventes alimentaires en 2023, en progression constante, et emploient en moyenne 30% de main-d'œuvre locale supplémentaire par rapport à la grande distribution.

Une urgence de la volonté politique

La priorité devrait aller résolument aux produits locaux issus de l'agriculture biologique, distribués en circuits courts, vecteurs d'impacts sociaux et environnementaux positifs et mesurables. Les instruments existent: la PAC européenne, réformée en 2023, prévoit que 25 % des terres agricoles de l'UE soient converties en bio d'ici 2030, un objectif qui semble néanmoins difficile à atteindre, seuls 9,9 % de la surface agricole européenne étant certifiés bio en 2022 (Eurostat). Les crises en cascade de ces vingt-cinq dernières années ont démontré que la résilience économique et la santé des écosystèmes sont indissociables. Chaque crise, financière, sanitaire, ou géopolitique, fragilise davantage les systèmes alimentaires les plus dépendants des chaînes mondiales longues et des intrants fossiles. Investir dans la régénération des milieux naturels, l'agriculture de proximité et la biodiversité, c'est construire les seuls amortisseurs vraiment efficaces face aux chocs à venir.


Sources: Worldometers, OCDE, OMC, AIE, FAO, ONU, PNUE, IISD, AEE, Eurostat, ADEME, Grand View Research, The Nature Conservancy, Rapport Dasgupta (2021), KOF Globalisation Index, Accenture (2021), Règlement EU 2023/852.

grayscale photo of stoneLa Chine représente encore plus de 50% de la consommation mondiale de charbon et 32% des émissions de CO₂ en 2024. C'est aussi le premier consommateur et le deuxième producteur de minerai de fer au monde.  Source: https://www.worldometers.info


❏ un monde instable et en constante dégradation


Durant cette période, l'architecture économique et commerciale mondiale a subi des transformations profondes sous l'effet des tensions géopolitiques et des conséquences tangibles des dérèglements climatiques. La mondialisation, érigée en idéal au tournant du millénaire, s'est fracturée: l'indice de connectivité commerciale mondiale (KOF Globalisation Index) marque le pas depuis 2008, et les politiques protectionnistes seront multipliées avec les taxes douanières américaines sur les importations chinoises, et les restrictions européennes sur certains produits. Les objectifs des COP semblent de plus en plus chimériques: la COP28 (Dubaï, 2023) a certes acté la "transition hors des combustibles fossiles", mais les émissions mondiales de CO₂ atteignent encore un record en 2023 à 37,4 milliards de tonnes (AIE). Les politiques de restauration des milieux naturels passent en second plan face aux l'urgences imposées sur le plan géopolitique.

Des efforts réels dans la filière fruits secs

Malgré ce contexte, des efforts considérables ont été déployés dès le début du XXIe siècle par les producteurs agricoles des filières fruits secs qui fournissent un marché mondial estimé à plus de 70 milliards de dollars en 2023 (Grand View Research). Ces filières ont investi massivement dans des technologies de micro-irrigation pour faire face à la raréfaction de l'eau. En Californie, premier producteur mondial d'amandes (environ 80 % de la production globale), les systèmes goutte-à-goutte couvrent aujourd'hui plus de 70 % des vergers, contre moins de 30 % au début des années 2000, réduisant la consommation d'eau de 20 à 30 % par kilogramme produit.

D'autres initiatives environnementales notables ont émergé :

  • Réduction des pesticides: en Turquie (premier producteur mondial de noisettes, avec 65-70 % de la production globale), des programmes de certification Global G.A.P. ont permis de réduire l'usage des pesticides de 25 % en dix ans dans certaines régions de la mer Noire.
  • Réduction des plastiques d'emballage: plusieurs coopératives iraniennes et tunisiennes productrices de dattes et de figues sèches ont adopté des emballages biosourcés ou recyclés, en réponse aux normes européennes sur les emballages (règlement EU 2023/852).
  • Énergies renouvelables: en Espagne, les coopératives d'amandes de la région de Valence ont installé des panneaux solaires couvrant jusqu'à 40 % de leurs besoins énergétiques en station de tri et de conditionnement. La biomasse issue des coques de noix et des noyaux d'olives alimente également des chaudières industrielles dans plusieurs pays du Maghreb.

Malgré ces progrès, la pression démographique, c'est à dire 10 milliards d'habitants attendus d'ici 2050 selon l'ONU, avec une demande en protéines végétales en forte hausse, et la concurrence internationale n'ont pas encore permis d'enrayer la dégradation des écosystèmes. La déforestation liée à l'extension des vergers de noix de cajou en Côte d'Ivoire et au Burkina Faso, ou la surexploitation des nappes phréatiques en Iran pour l'irrigation des pistachiers, illustrent les contradictions persistantes entre croissance de la filière et préservation des milieux.


 


Sur les 25 dernières années, les capacités de production de nombreuses cultures ont été multipliées par deux, trois, voire quatre dans plusieurs régions du monde. Cette révolution silencieuse de la productivité agricole a profondément redessiné nos habitudes alimentaires. Selon les données de la FAO, la production mondiale de cultures primaires (canne à sucre, maïs, blé, riz) a progressé de + 54% entre 2000 et 2021, pour atteindre 9,5 milliards de tonnes. Cette croissance spectaculaire s'est opérée sur des surfaces agricoles globalement stables. Les terres cultivées n'ont augmenté que de +10 % depuis 1960, malgré un doublement de la population mondiale. Quelques chiffres illustrent l'ampleur des mutations. La production d'huile végétale a augmenté de +125 % entre 2000 et 2020, dont + 236 % pour l'huile de palme (FAO, 2022). La Production de viande a pris + 45 %, tirée en tête par la filière avicole. La Production de fruits et légumes  se démarque avec + 20 % sur la même période. La valeur brute de la production agricole mondiale devrait atteindre 3 960 milliards USD en 2034, selon les Perspectives OCDE/FAO 2025-2034Ainsi, ce qui était exceptionnel autrefois, comme l'avocat, le saumon fumé ou le foie gras, est devenu banal, et accessible au quotidien, à un coût relativement modéré. Cette démocratisation alimentaire s'est cependant accompagnée de compromis sur la qualité et d'impacts environnementaux considérables.

  La mondialisation des marchés agricoles efface la conscience de la saisonnalité des récoltes en maintenant une illusion d'abondance. Les habitudes de consommation ont évolué, sans tenir compte de la saisonnalité des productions locales, au détriment des prix, de la qualité nutritionnelle, des régimes alimentaires traditionnels adaptés aux climats régionaux, et du coût environnemental des transports.


Contreparties de l'intensification agricole

L'agriculture intensive, grande consommatrice d'intrants chimiques, a généré des externalités négatives considérables. Selon la Plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services éco-systémiques (IPBES), 23 % des terres mondiales ont connu une réduction de leur productivité due à la dégradation des sols. L'utilisation de pesticides a progressé de + 62 % entre 2000 et 2021 à l'échelle mondiale (FAO, 2023). Les pertes agricoles liées aux catastrophes (sécheresses, inondations, épizooties) ont représenté une moyenne de 123 milliards USD par an entre 1991 et 2021, soit 5 % du PIB agricole mondial annuel.

Sur un autre plan, le recul des insectes pollinisateurs constitue l'une des menaces les plus silencieuses pour la sécurité alimentaire. L'IPBES rappelle que plus de 75 % des cultures vivrières dépendent de la pollinisation animale. Ainsi 9 % des espèces d'abeilles et de papillons en Europe sont menacées d'extinction (UICN), et 16,5 % des vertébrés pollinisateurs sont en péril à l'échelle mondiale. Une diminution de 50 % des pollinisateurs entraînerait une baisse de rendement de 12 à 31 % sur les cultures les plus dépendantes (modélisations IPBES, 2016).

Parallèlement à la croissance de la production, les habitudes de consommation ont évolué, non toujours pour le meilleur. L'essor des traitements anti-obésité dont le marché mondial dépasse les 10 Mds USD annuels et les campagnes de sensibilisation sur la "mal-bouffe" témoignent d'une prise de conscience croissante. La généralisation des plats préparés, riches en agents de texture et en exhausteurs de goût d'origine synthétique, conduit à une part croissante de "calories pauvres" dans l'alimentation quotidienne. La FAO estime qu'en 2021, une alimentation saine coûtait en moyenne 3,66 USD par jour et par personne (en parité de pouvoir d'achat), soit une hausse de +4,3 % en un an, un fardeau hors de portée pour une part significative de la population mondiale. Sans céder au pessimisme, on peut se demander si à un certain horizon, l'accès à une nutrition par des vitamines et protéines d’origine 100% naturelle ne sera pas un domaine de luxe.

Un signal d'alarme : la crise des œufs aux États-Unis (2025)

La pénurie d'œufs qui a frappé les États-Unis au printemps 2025 illustre avec acuité la fragilité des chaînes d'approvisionnement alimentaires face aux chocs sanitaires. La grippe aviaire, qualifiée de pire épidémie aviaire de l'histoire américaine, a conduit à l'élimination de plus de 158 millions de volailles sur trois ans. En conséquence les prix ont bondi de +15,2 % en un seul mois, celui de janvier 2025. La douzaine d'œufs a atteint jusqu'à 19 dollars (18 €) à New York en février 2025 (Reporterre), et certains supermarchés ont instauré des quotas d'achat par client. Face à la crise, le gouvernement des USA à sollicité l'aide internationale. Certains pays européens ont décliné, prétextant que leurs propres besoins étaient à peine satisfaits, on le sait sur fond de bras de fer sur les droits de douane entre les USA et l'UE... "an eye for an eye and a tooth for a tooth".





a pile of green avocados sitting on top of each other

L'enseigne BIOBURGER met en avant les légumes de saison: "Des tomates l’été et des avocats l’hiver, qui ne viennent pas du bout du monde, qui ne poussent pas dans des serres chauffées."

 Les insectes comestibles offrent les promesses d'un relai nutritif pour l'humanité, mais j'avoue pour ma part ne pas être encore tout à fait prêt à tenter l'expérience, notamment parce que les infestations de mites et charançons font partie des réclamations les plus fréquentes dans mon domaine. Les amateurs pourront réservez une table à Paris, au restaurant Inoveat l'insecte gastronome Inovede Laurent Veyet, le seul chef étoilé pour l'instant qui propose un dîner gastronomique entièrement à base d'insectes.

La RSE, du concept à la pratique avec l'essor de l'agriculture biologique et les circuits courts

La Responsabilité Sociale des Entreprises (RSE) est un concept apparu dès 1953 dans l'ouvrage fondateur de l'économiste américain Howard Bowen, "Social Responsibilities of the Businessman". Il a été progressivement institutionnalisé par le Sommet de la Terre de Rio (1992), qui pose les fondements du développement durable, puis par Le Livre Vert de la Commission européenne (2001), qui établit la définition normative actuelle de la RSE et enfin par l'Accord de Paris (2015) et les Objectifs de Développement Durable de l'ONU, qui ont renforcé les obligations de reporting extra-financier. Dès la fin des années 1960, dans le contexte du "retour à la nature", nombre d'agriculteurs et d'entreprises se sont engagés dans la filière biologique. 

En France, les chiffres actuels témoignent de la maturité de ce mouvement:

  • 61 853 fermes engagées en bio fin 2024, soit 14,9 % des fermes françaises (Agence Bio, 2025) 
  • 2,71 millions d'hectares cultivés en bio, représentant 10,1 % de la surface agricole utile.
  • Le secteur bio génère plus de 200 000 emplois dans les territoires ruraux.

La France est le 2ème marché bio européen avec 12,2 Mds € de dépenses des ménages en 2024 (+8 % en valeur), derrière l'Allemagne (17 Mds €) tandis que le marché bio européen représentait 55,1 Mds € en 2024 (Agence Bio / FiBL). Au niveau européen, 11,1 % de la surface agricole utile était certifiée bio en 2024, avec plus de 438 000 fermes labellisées. 

Initiatives sectorielles et labels

Les entreprises du secteur alimentaire ont profondément intégré la RSE dans leurs spécifications d'achat et leurs démarches qualité. Les labels "Commerce Équitable" et "Partenaire Équitable et Bio" matérialisent des décennies d'investissements financiers et humains dans une agriculture durable. Des territoires d'excellence, comme le Pays Basque, illustrent comment une identité de terroir forte et des démarches de qualité rigoureuses peuvent valoriser des productions agricoles et piscicoles de haute qualité, constituant un modèle reproductible pour d'autres régions.

 Perspectives

Sans verser dans le pessimisme, force est de constater que les modèles agricoles dominants ont atteint certaines limites. L'accès à une nutrition de qualité, fondée sur des vitamines et protéines d'origine 100 % naturelle, pourrait à terme devenir un bien de luxe si les tendances actuelles se poursuivent. Les initiatives RSE, les filières bio et équitables, les circuits courts et les politiques de terroir constituent des leviers d'action concrets et prouvés. Les investissements consentis aujourd'hui par les entreprises et les agriculteurs engagés dans ces démarches sont certes soustraits des bénéfices immédiats, mais représentent des investissements intelligents pour la biodiversité, la régénération de la chaîne du vivant et la résilience de nos systèmes alimentaires.


Sources: FAO, Annuaire statistique mondial de l'alimentation et de l'agriculture, Ed 2022& 2023  ●  OCDE/FAO, Perspectives agricoles de l'OCDE et de la FAO 2025-2034. Paris Ed OCDE  ●  IPBES, Rapport d'évaluation mondiale sur la biodiversité et les services éco-systémiques, 2019  ●  IPBES, Rapport d'évaluation sur les pollinisateurs, la pollinisation et la production alimentaire, 2016.  ●  Maille E. "Des œufs à 19 dollars, la grippe aviaire fait grimper les prix aux États-Unis", Reporterre 19/02/2025 ●  Agence Bio, Chiffres clés du secteur biologique France & UE juin 2025.



 

Le sommet de la Rhune surplombe l'exceptionnel terroir agricole et piscicole du Pays Basque, un modèle reproductible pour d'autres régions. 

    photo: Peggy Borlouoglou

 

❏ énergies: entre transitions et impasses

L'énergie décarbonée, encore dépendante des fossiles

L'énergie décarbonée soulève des questions que l'on élude trop souvent : quelle quantité d'énergie et de ressources naturelles faut-il mobiliser pour fabriquer, puis recycler, panneaux solaires et batteries électriques? Un panneau photovoltaïque met 2 à 4 ans à "rembourser" l'énergie de sa fabrication, et même jusqu'à 6 ans dans les régions peu ensoleillées. Quant à une batterie lithium-ion de 60-100 kWh, elle génère entre 8 et 20 t de CO₂ à la production, l'équivalent d'un à deux ans d'utilisation d'une voiture thermique, avant même de rouler. Le recyclage reste marginal: en 2023, moins de 5 % des batteries en fin de vie étaient effectivement traitées à l'échelle mondiale (AIE).

Le nucléaire et l'héritage radioactif

Extraire de l'uranium impose de creuser d'immenses mines dans des régions souvent instables: il faut traiter entre 1 000 et 200 000 tonnes de minerai pour obtenir une tonne d'uranium utilisable. Après enrichissement et utilisation en réacteur, la gestion des déchets est un défi colossal. En France, EDF produit chaque année environ 1 100 tonnes de combustible usé; certains isotopes restent dangereux pendant plus de 100 000 ans (le plutonium-239 a une demi-vie de 24 110 ans). Le projet d'enfouissement Cigéo (Bure, 500m de profondeur) est estimé à plus de 25 milliards d'euros selon la Cour des Comptes, et lève des craintes justifiées lorsque l'on se remémore l'affaire 'StocaMine' à Wittelsheim ou encore les déboires du site d'enfouissement de déchets nucléaires d'Asse en Allemagne..

  Les déchets radioactifs doivent être balisés pour des millénaires. Une personne de mon entourage a travaillé pour un sous-traitant d'EDF (Electricité de France) sur un projet linguistique visant à concevoir des signes universels, compréhensibles par des humains ou d'autres formes intelligentes dans des milliers d'années, pour indiquer: "DANGER - NE PAS OUVRIR". Ce n'est pas de la science-fiction: sémiologues, anthropologues et linguistes y travaillent aujourd'hui, financés notamment par l'Andra et le Department of Energy américain.

Hydrocarbures et biocarburants : des substituts imparfaits

Les transports représentent 25 % des émissions mondiales de CO₂ (AIE). Les biocarburants de première génération constituent une réponse contestée. En 2022, environ 10 % des céréales mondiales et 40 % du maïs américain étaient détournés vers leur production (FAO), au détriment de l'alimentation et des prix mondiaux. La capture et séquestration du carbone reste quant à elle très onéreuse (50 à 300 $/tonne), loin de toute viabilité économique de masse.

Le plastique : une pollution invisible et durable

Recycler le plastique est une illusion: chaque cycle dégrade le matériau et multiplie les microparticules dispersées dans l'environnement. Les plastiques recyclés du type polyéthylènes téréphtalates (PET) n'offrent à mon avis rien d'autre qu'un argument pour "verdir" le discours RSE des entreprises qui les utilisent. Un être humain ingère en moyenne 5 grammes de micro-plastiques par semaine (Nature, 2021) soit l'équivalent d'une carte de crédit. Chaque année, 8 à 12 millions de tonnes de plastique entrent dans les océans (PNUE).

 Une promenade vers 2010 sur une plage de Camargue m'a frappé : des centaines, voire des milliers de semelles de chaussures s'étiraient à perte de vue, retenues par les blocs de rochers alignés le long du rivage et qui filtrent les vagues de submersion caractéristiques de cette région. La toile et le cuir avaient disparu, digérés par la mer. Seules les semelles en plastique et caoutchouc demeuraient, éparpillées dans les herbes parmi les taureaux et les chevaux camarguais, témoins silencieux de décennies de pollution marine.

Marée noire ou catastrophe nucléaire : peser les conséquences

L'Erika (1999) a déversé environ 20 000 tonnes de fioul sur 400 km de côtes bretonnes, pour un coût total estimé à plus de 200 millions d'euros. Grave et long à résoudre, mais globalement réversible à l'échelle humaine. Tchernobyl (1986) a projeté l'équivalent de 400 fois la radioactivité de la bombe d'Hiroshima dans l'atmosphère; le coût global dépasse 700 milliards de dollars selon certaines estimations, et la zone la plus contaminée ne sera pas habitable avant 20 000 ans. Point commun dans ces deux cas: un accident industriel peut prendre des formes  imprévisibles en raison des innovations technologiques et des limites des connaissances humaines.

Il apparaît toutefois une asymétrie fondamentale entre ces deux catastrophes: les effets de la marée noire sont réversibles tandis que le nucléaire peut marquer un territoire pour des dizaines de milliers d'années, une durée qui dépasse de loin notre horizon de planification. La question prend un relief particulier à l'heure où l'instabilité géopolitique expose directement certaines infrastructures nucléaires ou pétrolières aux risques de conflits armés, à l'Est de l'Europe comme au Moyen-Orient.

Sources : AIE, ANDRA, Cour des Comptes, FAO, PNUE, Nature (2021), GIEC 2022


sea waves crashing on shore under white clouds

Le parc mondial comptait 417 réacteurs nucléaires en 2025, dont 56 pour la France, répartis dans 19 centrales toutes implantées en bordure de fleuve ou de littoral.

a large factory with a lot of smoke coming out of it

Le Golfe Arabo-Persique lieu historique de tensions entre les USA et l'Iran concentre 20% des exportations mondiales de gaz et de pétrole brut.


❏ calculs absurdes

⌛︎ Espérance de vie

"La durée de vie moyenne d'un humain est absurdement, terriblement, outrageusement courte.../... En supposant que vous viviez jusqu'à l'âge de quatre-vingts ans, vous aurez connu environ 4000 semaines." Issu du livre "4000 Semaines" d'Oliver Burkeman

⇥⇤ Aménagement territorial

Une carte réalisée par un site anglais à partir des données de la Nasa montre que les habitants de la Terre s'entassent sur 1 % de la surface du globe, essentiellement sur les côtes (Metrocosm en 2016). Les terres émergées représentent 29% de la surface de la planète. Quelle concentration...

 Démographie

Le développement de l'humanité a pris 300 000 ans pour atteindre la population de 1 milliard, et seulement 200 ans pour passer de 1 à 8 milliards d'individus. Une incroyable accélération... 

⚱︎ Pétrole brut

Chaque habitant de l'UE, qui compte 449 millions de personnes, utilise 36,1 kg d'emballages plastiques par an. Cela équivaut à 16 Mt par an, soit un super-tanker de 300 000 tonnes de brut chaque semaine accostant en Europe... Et ce n'est que le plastique, un des nombreux produits issus de la distillation du pétrole brut, et nous parlons uniquement des emballages. L'UE a importé près de 400 Mt de brut durant les dix premiers mois de 2024 (dernières statistiques de "Ports et Corridors" au moment de la rédaction de cet article), soit 130 super-tankers par mois, le principal point d'entrée étant Rotterdam avec environ un navire par jour.  https://portsetcorridors.com

 ⚗︎  Pollution par les matières plastiques

Si 8 milliards de personnes achetaient 4 paires de chaussures taille 42 par an, cela couvrirait une surface de 1840 km². Les semelles en plastique, souvent abandonnées dans la nature, mettent très longtemps à se dégrader. En 3 ans, on recouvrirait un département comme le Var, en 25 ans, 1,5 fois la Belgique ou toute la Suisse, et en 5000 ans, les États-Unis entiers, si la population reste stable. D'ici là, avec le réchauffement climatique, il est probable que les humains restants se contenteraient de porter des espadrilles, résolvant ainsi le problème.


red bus on road during night time

Avec 7 millions d'habitants pour un territoire de 1.115 km2 soit 7.062 individus au km2, la ville de Hong Kong fait partie des 50 villes les plus peuplées du monde.